Bonjour à tous,
Je tenais dans ce fil à vous présenter une théorie monétaire qui fait en ce moment son retour en force aux USA et qui est pourtant relativement absente des débats en France et dont je n'ai pas trouvé trace sur ce forum: le néo-chartalisme, ou Modern Monetary Theory (MMT).
La MMT est une théorie monétaire qui découle des travaux de l'économiste Allemand Georg Friedrich Knapp - qui a étudié au début du XXème siècle le comportement des monnaies fiducières étatiques - et de l'analyse monétariste telle que reprise par Milton Friedman, elle-même basée sur le fait que dans nos sociétés occidentales la monnaie est considérée comme relevant de la souveraineté nationale et donc de l'Etat.
(Je tiens à préciser ici que je ne porte pas de jugement de valeur sur un tel système - j'aurais plutot tendance à être free-banker comme décrit par Hayek - je ne fais que rapporter l'approche descriptive de cette théorie tout en restant réaliste quant au fait que le free-banking à très peu de chances d'être expérimenté en occident dans un futur proche.)
La MMT analyse donc les monnaies fiducières étatiques, et débute sa réflexion sur les considérations suivantes: l'Etat impose une certaine monnaie en demandant le paiment de l'impôt dans cette monnaie (la monnaie n'apparait donc pas spontanément des individus comme solution au problèmes de troc), et l'Etat n'a pas les mêmes contraintes de solvabilité que les entités privés: vu qu'il émet la monnaie, et ne fait pas que l'utiliser, sa seule limite est l'inflation et non pas la banqueroute. Théoriquement la banque centrale est indépendante de l'Etat, mais tant qu'elle rachète les bons du trésor sans limites cela revient au même, et si ce n'est pas le cas l'Etat se charge de la forcer comme en ce moment au Japon par exemple.
La MMT construit ensuite son modèle sur une tautologie comptable: en analysant la manière dont est calculé le PIB, on en déduit des résultats pour le moins étonnant. En effet, dans un système monétaire de monnaie souveraine le PIB vaut:
PIB = C + I + G + (X – M) où C = consommation, I = investissement, G = dépenses publiques, X = exports & M = imports
Ecrit différemment on a: PIB = C + S + T où C = consommation, S = épargne, T = taxes
Soit: C + S + T = PIB = C+ I + G + (X – M)
Ce qui se réarrange en :
(I – S) + (G – T) + (X – M) = 0 où (I – S) est la balance monétaire du secteur privé, (G – T) celle du secteur privé et (X – M) celle du commerce extérieur.
Autrement dit, à tout moment dans une économie les balances monétaires des secteurs privé, public et du commerce extérieur s'annulent, comme on peut aussi le constater empiriquement par exemple avec le cas américain:

Or, cette équation comptable s'écrit aussi (S - I) = (G - T) + (X - M), c'est-à-dire que "l'épargne privée nette est égale à la somme du déficit public et de la balance courante, donc que le secteur privé ne peut épargner que si un État s'autorise un déficit ou si l'étranger est lui-même en déficit". (je cite Wikipedia ici) "Cette constatation va à l'encontre de l'opinion dominante affirmant que l'État doit rembourser tôt ou tard ses déficits budgétaires. Il faut un déficit pour monétariser une économie, un déficit pour financer la croissance, et encore un déficit pour financer l'épargne du secteur privé lorsqu'il souhaite rembourser ses dettes avant de croître à nouveau." Ceci est à mettre en relation avec le fait que toutes les récessions du siècles dernier dans les pays souverain monétairement ont été précédées par un resserement budgétaire qui a donc mécaniquement comprimé l'épargne privée, ce qui malheureusement donne un argument aux néo-keynésiens (http://www.nextnewde...udget-heres-why).
En d'autres termes, dans les faits tout se passe comme si l'Etat injectait la monnaie nécessaire à l'épargne privée via ses déficits et contrôlait a postériori cette masse monétaire via l'impôt, ajoutant un autre levier de contrôle monétaire en plus de l'action de la banque centrale.
De plus, l'équation précédente permet également d'écrire que S=I+(S-I) , c'est à dire que l'épargne réelle du secteur privé provient à la fois de l'investissement de ce même secteur privé ET des "actifs financiers nets" qui lui sont transférés par les bons du trésors issus du déficit public. En clair, l'Etat émet des bons de risque nul, permettant aux acteurs privés qui le désirent de placer leur épargne en sécurité et ainsi maintenir la confiance dans l'économie. C'est là encore une observation de la politique économique actuelle, et non une recommandation.
Sur ces considérations, les prises de position actuelles des économistes MMT sont très variées: certains voudraient se rapprocher du néo-keynésianisme alors que d'autres pensent que c'est le secteur privé qui est l'unique créateur de richesses dans une société et que l'Etat ne doit avoir qu'un rôle de facilitateur de la croissance privée, en permettant une épargne suffisante via ses déficits tout en gardant l'inflation sous contrôle (Nominal Gross Domestic Product Level Targeting - NGDPLT)
Un papier académique très complet est disponible ici: http://pragcap.com/u...monetary-system et pourra apporter plus de détails à ceux que ça intéresse (en anglais).
Voilà, je ne veux pas trop donner d'infos d'un seul coup, je voulais simplement savoir si des gens ici s'étaient déjà intéressés de près à cette théorie, à son adéquation avec la crise actuelle, et si vous aviez déjà des opinions ou objections à y apporter, bref initier un débat sur ces bases théoriques.
Pour info, un blog de CNBC relaie régulièrement des considérations orientées MMT (lien et lien), ainsi qu'un site français.
Je vous remercie.




