Je cite ci-après le paragraphe "L’impôt sur les ventes de détail" de l'ouvrage "L'école autrichienne d'économie" de R.Fillieule. L'entrée "Taxe sur la valeur ajoutée" du "Dictionnaire du libéralisme " écrite par P.Salin donne également une "analyse autrichienne" de cette taxe et conclue que la TVA a pour assiette fiscale les revenus.
Supposons que le gouvernement instaure un nouvel impôt qui prélève 5% du revenu de l'ensemble des ventes de détail, et qu'il s'en serve par exemple pour construire et entretenir des bâtiments publics. Les entreprises vont-elles répercuter cette taxe de 5% sur leur prix de vente et la faire payer sous forme de hausse de prix par les consommateurs ? La réponse est non. Les entreprises ont fixé leur prix de vente au niveau qui maximise leur revenu net, et tout mouvement à la hausse comme à la baisse conduirait à une diminution de leurs recettes nettes. Elles n'ont donc pas intérêt à changer leur prix de vente, et il est du reste évident que si elles avaient eu intérêt à augmenter leur prix elles l'auraient déjà fait, sans attendre d'être taxées. Les entreprises qui subissent cet impôt sont dans l’incapacité de le faire payer par les consommateurs. Elles vont devoir le répercuter sur les revenus qu’elles versent aux différents types d’agents économiques, à savoir aux travailleurs, propriétaires de « terre », capitalistes et entrepreneurs de l’étape 1 (ndCedonc : l’étape 1 est définie dans l'ouvrage comme la dernière étape de production), ainsi qu’aux capitalistes situés en amont dans la structure de production (auxquels elles achètent leurs biens du capital). Cet exemple illustre la règle de l’incidence énoncée par Rothbard (1970 : p111 ndCedonc : http://library.mises...the Economy.pdf)
Lors de la phase de transition pendant laquelle le nouvel impôt commence à faire sentir ses effets, des capitalistes subissent des pertes en capital (et des gains dans les branches qui bénéficient de la redistribution). Mais si l’on passe sur ce phénomène transitoire qui concerne les profits/pertes, et si l’on suppose pour simplifier qu’aucun effet ne se manifeste sur le taux d’intérêt (une consommation étatique remplace une consommation privée sans modifier la préférence pour le présent ni la répartition entre consommation et investissement), alors cet impôt sera finalement payé par les propriétaires des facteurs originaires travail et terre, puisque les baisses des prix des biens du capital finissent par être imputées aux salaires et aux loyers. L’impôt sur les ventes de détail est en réalité un impôt sur le revenu du travail et de la terre. Les prix des biens de consommation n’ont pas changé (en moyenne), mais les salaires et les loyers ont globalement baissé du montant de l’impôt.
Il faut maintenant tenir compte du fait que le montant taxé est dépensé par l’Etat, en l’occurrence pour la construction de bâtiments publics. Cette dépense de consommation se substitue à celle des travailleurs et des propriétaires de terre imposés. Elle entraine dans la branche des travaux publics une hausse des prix qui se diffusent dans la filière en amont, et qui est imputée là aussi aux revenus des facteurs originaires travail et terre. La baisse des salaires et loyers des branches taxées et la hausse du côté de la filière bénéficiaire entrainent une ré-allocation des facteurs convertibles des premières vers les secondes. Les facteurs originaires spécifiques en revanche, sont par définition immobiles et subissent une hausse de revenu dans la taxée et sa filière. Ainsi, l’impôt de 5% sur les ventes de détail ne va pas du tout se traduire par une réduction de 5% des loyers et des salaires. Certains revenus originaires vont être affectés plus que proportionnellement, d’autres moins que proportionnellement, et d’autres encore augmenteront sous l’effet de la recomposition de la structure de production. Les gouvernements mettent souvent en place l’impôt sur les ventes de détail pour taxer la consommation, mais en fait ils taxent -et subventionnent – les revenus des propriétaires de facteurs, à des taux variés qui peuvent être très différents du taux initial de 5%.
Pascal Salin conclue son entrée sur la TVA par :
L’analyse que nous avons faite ci-dessus (NdCedonc : qui est la même que celle de R.Fillieule) à des conséquences importantes. Il en résulte tout d’abord qu’il n’y a aucune raison de rembourses la TVA à l’exportation, puisqu’il s’agit là d’un impôt sur les revenus des facteurs de production (et non sur la consommation) et que l’échange international s’explique non pas par les prix monétaires, mais par les prix relatifs, comme cela a été démontré de manière définitive par la théorie de la spécialisation internationale. Mais cette analyse implique aussi que c’est illusion de croire, par exemple, que l’on peut alléger le coût du travail et favoriser l’emploi en remplaçant des cotisations sociales assises sur les revenus par une TVA (dite « sociale). Le passage d’un type de prélèvement à l’autre est absolument sans conséquences puisque ces deux prélèvements reposent exactement sur la même assiette fiscale, les revenus. Ils diffèrent du point de vue administratif, mais pas du point de vue économique.
Si on accepte la partie en gras, le reste suit et la conclusion de Salin est pertinente. Mais voilà, comme dirait Madelin « ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. » …
Conclusion : Ou est la faille dans l’analyse autrichienne de l’impôt sur les ventes de détail ?


